Pourquoi les salariés disent-ils encore : "On ne nous informe jamais" ?

Pourquoi les salariés disent-ils encore : « On ne nous informe jamais »… alors que les entreprises n'ont jamais autant communiqué ?
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Au sommaire
Dans cet article, je vous propose de réfléchir à six questions.
1. Pourquoi salariés et directions peuvent-ils avoir, tous les deux, le sentiment d'avoir raison ?
2. Et si le véritable problème n'était plus la communication… mais la consommation de l'information ? Une distinction qui change profondément la manière de regarder la communication interne.
3. Pourquoi est-il devenu si difficile de capter notre attention ? Nous verrons comment l'économie de l'attention, les travaux de Gérald Bronner et d'Yves Citton permettent d'éclairer cette évolution.
4. Pourquoi avons-nous parfois le sentiment de manquer de temps… alors que nous disposons théoriquement de davantage de disponibilité mentale qu'autrefois ? Une réflexion née d'observations personnelles, notamment lors d'un voyage en Roumanie et en Slovénie.
5. Que change cette lecture pour la communication interne ?
Nous verrons pourquoi le véritable enjeu n'est peut-être plus seulement le message… mais le moment où il est proposé.
6. Enfin, je vous présenterai l'hypothèse qui a donné naissance à MAOLI.
Une hypothèse simple : certains messages gagneraient peut-être à rencontrer les collaborateurs lorsqu'ils sont naturellement disponibles pour les accueillir.
Pourquoi les salariés disent-ils encore : « On ne nous informe jamais »… alors que les entreprises n'ont jamais autant communiqué ?
Une scène que j'ai vécue des dizaines de fois.
Pendant plusieurs années, j'ai accompagné des entreprises dans le cadre de diagnostics organisationnels et de prévention des risques psychosociaux.
Une partie de mon travail consistait à rencontrer les collaborateurs, les managers et les directions afin de comprendre ce qui, dans l'organisation, pouvait générer des difficultés. Au fil de ces entretiens, une scène s'est répétée avec une telle régularité qu'elle a fini par m'interpeller.
Je demandais aux salariés :
« Qu'est-ce qui vous pose le plus de difficultés aujourd'hui ? »
Très souvent, au milieu des réponses apparaissait cette phrase :
« On ne nous informe jamais. »
Je poursuivais ensuite mes entretiens avec les managers ou la direction.
Et presque systématiquement, j'entendais une réponse qui semblait totalement contradictoire.
« Comment ça, ils ne sont pas informés ? Nous avons envoyé plusieurs mails. Nous en avons parlé en réunion. Les informations figurent dans la newsletter interne. »
Plus j'avançais dans ces missions, plus je réalisais que les deux avaient raison.
Les directions avaient effectivement communiqué.
Les salariés avaient sincèrement le sentiment de ne pas avoir été informés.
Et c'est précisément ce paradoxe qui m'a amenée à remettre en question une idée que nous tenons souvent pour acquise : communiquer ne signifie pas nécessairement transmettre.
Le paradoxe
Nous vivons une époque étrange.
Jamais les entreprises n'ont disposé d'autant d'outils pour communiquer.
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Les e-mails se sont généralisés.
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Les messageries instantanées se sont multipliées.
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Les newsletters internes sont devenues courantes.
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Les réunions d'information se succèdent.
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Les plateformes collaboratives permettent de publier des actualités en permanence.
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Objectivement, les organisations produisent davantage d'informations qu'il y a vingt ans.
Et pourtant... le sentiment de ne pas être informé semble toujours aussi présent.
Comment une direction peut-elle communiquer davantage pendant que les collaborateurs ont, eux aussi sincèrement, l'impression de manquer d'informations ?
Et si le problème n'était plus réellement la communication ?
Une première hypothèse
Lorsque les salariés disent : « Vous ne communiquez pas. »
Je ne suis plus certaine que ce soit exactement ce qu'ils veulent dire.
Cette phrase est peut-être le symptôme d'une demande plus profonde.
Une plainte latente, qui n'est jamais formulée explicitement.
En réalité, je crois que beaucoup de collaborateurs expriment quelque chose de plus subtil.
Ils ne demandent pas uniquement à leur entreprise de produire davantage d'informations.
Ils lui demandent, sans forcément en avoir conscience, de faire en sorte que cette information leur parvienne réellement.
Autrement dit, ils ne réclament pas seulement une obligation de moyens.
Ils attendent une obligation de résultat.
La nuance est importante.
Pendant longtemps, communiquer consistait essentiellement à diffuser une information.
L'entreprise envoyait un courrier, puis un e-mail, puis une newsletter...
Le travail semblait terminé.
Aujourd'hui, ce raisonnement me paraît de moins en moins suffisant.
Car un message peut parfaitement avoir été envoyé...sans jamais avoir réellement été reçu.
Il peut avoir été ouvert, survolé, mis de côté, oublié...
Ou simplement être arrivé au mauvais moment.
Peut-être que la véritable demande des collaborateurs n'est donc plus :
« Communiquez davantage. »
Mais plutôt :
« Aidez-nous à réellement recevoir les informations qui sont importantes pour nous. »
Pendant des années, nous avons considéré que communiquer consistait à envoyer un message. Peut-être qu'aujourd'hui, communiquer consiste d'abord à créer les conditions dans lesquelles ce message pourra être reçu.
Si cette hypothèse est juste, alors le problème n'est peut-être plus seulement celui de la communication. Il devient aussi celui de la consommation de l'information.
Comment une information est-elle reçue ?
Dans quel contexte ?
À quel moment ?
Avec quel niveau d'attention ?
Pourquoi certaines informations sont-elles immédiatement retenues...
...alors que d'autres, pourtant importantes, semblent disparaître avant même d'avoir été réellement lues ?
C'est cette réflexion qui m'a progressivement conduite à déplacer mon regard.
Non plus vers ce que les entreprises disent.
Mais vers la manière dont leurs collaborateurs peuvent, ou non, accueillir ce qu'elles cherchent à leur transmettre.

Pourquoi est-il devenu si difficile de consommer l'information ?
Pendant longtemps, l'information était une ressource rare.
Aujourd'hui, c'est tout l'inverse -> Nous vivons entourés d'informations.
Chaque jour, des centaines de messages cherchent à attirer notre regard.
Au travail d'abord :
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Les e-mails.
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Les notifications Teams.
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Les appels.
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Les réunions.
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Les urgences des clients.
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Les tableaux de bord.
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Les demandes des collègues.
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Les rappels automatiques.
Mais aussi en dehors du travail :
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Les réseaux sociaux.
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Netflix.
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Spotify.
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Les chaînes YouTube.
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Les médias.
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Les associations.
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Le club de sport qui nous invite à nous inscrire à la prochaine sortie.
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La banque qui nous rappelle un rendez-vous.
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Les messages de nos proches auxquels nous n'avons pas encore répondu.
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Les enfants qui réclament notre attention.
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Notre conjoint qui nous rappel des tâches personnelles en cours.
Même les moments que nous appelions autrefois des "temps libres" sont devenus des espaces où de multiples acteurs cherchent à capter notre attention.
Nous ne sommes plus seulement confrontés à une surcharge d'informations.
Nous vivons dans ce que plusieurs auteurs décrivent comme une économie de l'attention.
Autrefois, la ressource rare était l'information.
Aujourd'hui, la ressource rare est devenue notre capacité à lui accorder de l'attention.
Autrement dit, ce n'est plus celui qui produit le plus d'informations qui gagne. C'est celui qui parvient à obtenir quelques secondes d'attention supplémentaires.
Le nombre d'acteurs qui cherchent à capter notre attention a littéralement explosé.
Un immense marché de l'attention
Gérald Bronner parle, lui, de marché cognitif.
J'aime beaucoup cette expression.
Elle décrit parfaitement ce que nous vivons.
Chaque acteur de notre quotidien tente, à sa manière, de convaincre notre cerveau que son message mérite de passer avant les autres.
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Une publicité.
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Une vidéo.
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Une opinion.
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Une notification.
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Une promotion.
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Un article de presse.
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Une publication LinkedIn.
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Une newsletter.
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Un e-mail interne.
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Notre conjoint.
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Nos enfants.
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Nos aînés.
Tous poursuivent finalement le même objectif. Être celui qui sera lu, regardé ou écouté.
La communication interne n'échappe évidemment pas à cette concurrence.
Pendant longtemps, elle était principalement en compétition avec les autres informations produites par l'entreprise.
Aujourd'hui, elle est en concurrence avec l'ensemble du marché cognitif auquel chaque collaborateur est exposé. Et je crois que cela change profondément notre manière de penser la communication.
Une compétition que le cerveau arbitre en permanence.
Il ne traite pas toutes les informations avec le même niveau de priorité.
Il établit en permanence une hiérarchie.
Au travail, cette hiérarchie est assez prévisible.
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Le client passe avant la newsletter.
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L'urgence passe avant la lecture.
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Le collègue qui attend une réponse (et qui vous relance ;-)) passe avant l'article publié sur l'intranet.
Pourtant, une question continue de me déranger.
Si notre cerveau est aujourd'hui si sollicité, pourquoi Gérald Bronner affirme-t-il que nous disposons de beaucoup plus de disponibilité mentale qu'au début du XIXᵉ siècle ?
À première vue, cela paraît contradictoire.
Nous avons tous le sentiment de manquer de temps, d'être saturés, de courir après les urgences.
Comment pourrions-nous avoir davantage de disponibilité mentale ?
La réponse est peut-être que ces deux constats ne s'opposent pas.
Ils parlent de deux phénomènes différents.
Les progrès techniques nous ont effectivement libérés d'une quantité considérable de temps. Nous passons beaucoup moins d'heures qu'autrefois à accomplir les tâches indispensables à la vie quotidienne.
Mais, dans le même temps, ce temps libéré est devenu l'objet d'une compétition permanente.
Jamais autant d'acteurs n'ont cherché à capter notre attention.
Les plateformes numériques en sont probablement l'exemple le plus visible.
Aujourd'hui, selon le Baromètre du numérique 2025 (CREDOC / ARCEP), les Français consacrent en moyenne près de 4 heures par jour à leurs écrans pour un usage personnel. Une personne sur quatre y passe plus de 5 heures par jour et 42 % estiment eux-mêmes y consacrer trop de temps.
Autrement dit, notre disponibilité mentale n'a pas disparu. Elle est progressivement consommée par une multitude d'acteurs qui rivalisent chaque jour pour occuper notre temps disponible.
Pourquoi consacrons-nous autant de temps à certains contenus, ou à certaines activités... tout en ayant parfois le sentiment de le perdre ?
Un voyage inspirant
En voyageant en Roumanie puis en Slovénie, je me suis pourtant aperçue qu'il existait d'autres habitudes de vie.
Le soir, je voyais des personnes marcher.
D'autres arrosaient leurs plantes.
Des familles discutaient dehors.
Les enfants jouaient dans les rues (où beaucoup de structures de jeux sont présentes d'ailleurs).
J'avais le sentiment que ces moments faisaient naturellement partie de leur quotidien.
Je ne cherche évidemment pas à idéaliser ces pays, ni à affirmer que cette réalité concerne tous leurs habitants. Mais cette différence de rythme a suffi à faire naître une question que je ne m'étais jamais vraiment posée auparavant.
Pourquoi cela me paraissait-il, à moi, si difficile ?
Je me considère pourtant comme quelqu'un de volontaire.
J'aime apprendre, construire, développer. Bref, je n'aime pas perdre mon temps.
Et pourtant...
Après une journée de travail, il m'arrive moi aussi de m'installer dans mon canapé.
De lancer Netflix, ou de regarder des vidéos qui, objectivement, ne m'apportent pas grand-chose.
Pourquoi des personnes capables de faire preuve d'une grande discipline dans leur travail semblent-elles parfois ne plus avoir l'énergie nécessaire, le soir, pour faire des choses qu'elles considèrent pourtant comme bénéfiques ?
Je n'avais évidemment pas la prétention de tirer une conclusion générale à partir de cette simple observation.
Mais elle m'a conduite à me poser une autre question.
Et si le problème n'était pas seulement ce que nous choisissons de regarder...
Mais pourquoi nous le choisissons à ce moment-là ?
Je ne crois pas que la majorité des collaborateurs préfèrent sincèrement regarder des vidéos sans intérêt plutôt que d'apprendre quelque chose. Cette idée me paraît à la fois simpliste... et profondément culpabilisante. Je pense que la réalité est plus nuancée.
En observant mon propre fonctionnement, puis celui de mon entourage, j'ai commencé à distinguer plusieurs profils.
Il y a d'abord ceux qui semblent n'avoir jamais été réellement happés par cette compétition permanente pour l'attention.
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Ils lisent.
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Ils marchent.
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Ils jardinent.
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Ils discutent.
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Ils paraissent préserver naturellement leur disponibilité mentale.
Il y a ensuite ceux qui ont connu cette spirale mais qui ont décidé d'en sortir.
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Ils ont supprimé les réseaux sociaux.
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Résilié certains abonnements.
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Désactivé les notifications.
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Ils protègent volontairement leur attention, parfois au prix de quelques efforts.
Puis il y a une troisième catégorie.
Et j'ai le sentiment que c'est probablement la plus représentée dans les entreprises.
Ce sont des personnes qui savent qu'elles passent parfois trop de temps devant certains contenus.
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Elles s'en veulent.
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Elles aimeraient faire autrement.
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Elles téléchargent une application de méditation.
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Suppriment un réseau social.
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Puis le réinstallent quelques semaines plus tard.
Non pas parce qu'elles manquent de volonté.
Mais peut-être parce qu'une grande partie de leur énergie mentale a déjà été consommée au cours de leur journée.
Enfin, il existe aussi des personnes qui trouvent un véritable plaisir dans ces contenus et qui ne souhaitent pas les remplacer.
Je ne parlerai pas d'elles ici.
Parce que je ne pense pas qu'elles représentent la majorité des collaborateurs auxquels les entreprises cherchent à s'adresser.
-> Ce qui m'intéresse, c'est cette troisième catégorie.
Ces personnes qui, une fois rentrées chez elles, recherchent avant tout un contenu qui demande peu d'effort pour être consommé.
Non parce qu'elles refusent d'apprendre.
Mais parce que leur cerveau cherche peut-être d'abord à récupérer (chose qui malheureusement n'est pas le résultat obtenu par cette activité, mais nous ne somme pas toujours de la meilleur logique qui soit).
Et c'est là que ma réflexion sur la communication interne a commencé à évoluer.
Et si le problème était le moment plutôt que le message ?
Qu'on le regrette ou non, cette évolution constitue aujourd'hui un fait sociétal avec lequel les communicants doivent composer.
Peut-être que nous essayons de transmettre certains messages au moment où les collaborateurs disposent du moins d'énergie pour les accueillir.
Peut-être aussi que nous les proposons sous un format qui demande encore un effort supplémentaire : ouvrir un ordinateur, consulter sa messagerie, lire plusieurs pages, rester concentré.
Et si nous regardions le problème autrement ?
Plutôt que de nous demander comment faire lire davantage les collaborateurs...
Ne devrions-nous pas nous demander à quel moment ils choisissent spontanément de consommer un contenu ?
Car c'est probablement là que se trouve le véritable enseignement.
Une économie de l'attention
Chaque jour, des millions de personnes choisissent d'elles-mêmes d'écouter un podcast, de regarder une vidéo YouTube ou un documentaire, parfois pendant une heure.
Personne ne les y oblige.
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Elles le font parce qu'elles en ont envie.
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Parce que le moment est propice.
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Parce que le format est adapté.
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Parce que le contenu répond à un besoin qu'elles ont à cet instant précis.
Et si la communication interne s'inspirait de cette logique ?
Nous avons probablement eu tort de vouloir faire passer tous les messages par le même média.
Toutes les communications n'ont pas le même objectif. Certaines doivent transmettre une information urgente ou réglementaire. D'autres cherchent avant tout à expliquer, à donner du sens, à partager une vision ou à créer de la proximité. C'est pour cette seconde catégorie que je pense que nous pouvons ouvrir de nouvelles pistes.
Une autre manière de penser la communication interne
Si cette réflexion est juste, alors elle change profondément la manière dont nous pouvons envisager la communication interne.
Pendant des années, nous avons surtout cherché à améliorer nos messages.
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Nous avons travaillé leur rédaction.
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Leur mise en forme.
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Leur fréquence.
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Leur diffusion.
Nous avons créé des newsletters plus attractives.
Des intranets plus modernes.
Des e-mails mieux structurés.
Toutes ces démarches ont évidemment leur intérêt.
Nous cherchons souvent à rendre une information plus agréable à lire.
Peut-être qu'aujourd'hui nous devrions d'abord nous demander à quel moment les collaborateurs ont réellement envie de consommer un contenu.
La différence est importante.
Dans le premier cas, nous essayons de convaincre un collaborateur de consacrer un peu d'attention à un message que nous avons décidé de lui envoyer.
Dans le second, nous cherchons à comprendre dans quelles situations il choisit déjà, spontanément, de consacrer du temps à un contenu.
Pourquoi décidons nous (de nous même) d'écouter un podcast dans notre voiture.
De regarder une vidéo YouTube en préparant le repas.
De lancer un documentaire en fin de journée.
Personne ne nous y oblige.
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Nous le faisons parce que nous en avons envie.
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Parce que le moment est propice.
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Parce que le format correspond à notre niveau d'énergie du moment.
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Et parce que nous estimons que le contenu mérite notre attention.
Pourquoi ne pas s'inspirer de cette logique ?
Pourquoi continuer à vouloir faire entrer tous nos messages dans la journée de travail, là où ils sont en concurrence avec les urgences, les réunions, les clients et les dizaines d'autres sollicitations qui occupent déjà le cerveau des collaborateurs ?
Pourquoi ne pas déplacer certains messages vers des moments où cette concurrence n'existe plus, ou du moins beaucoup moins ?
Et si nous commencions plutôt à amener nos communications vers les moments où les collaborateurs sont naturellement disponibles pour les accueillir ?
Cela suppose naturellement une autre manière de produire ces contenus.
Mais attention, un collaborateur n'ira jamais volontairement écouter un simple e-mail lu à voix haute.
S'il choisit lui-même d'appuyer sur "Lecture", c'est parce qu'il pense que le contenu va lui apporter quelque chose.
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Une information utile.
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Une meilleure compréhension des décisions de l'entreprise.
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Les coulisses d'un projet.
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Le témoignage d'un collègue.
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Une explication plus humaine d'un changement.
Autrement dit, il ne s'agit plus seulement de transmettre une information.
Il s'agit (aussi) de créer un contenu qui mérite d'être choisi.
Une hypothèse de travail
C'est de cette réflexion qu'est née MAOLI.
Lorsque j'ai commencé à travailler sur MAOLI, je ne cherchais pas à inventer un nouvel outil de communication interne.
Je ne cherchais pas non plus à remplacer les e-mails, les réunions ou les newsletters.
Ils resteront indispensables.
En revanche, je me suis demandé si nous ne pouvions pas leur offrir un complément.
Notre hypothèse est simple.
Nous pensons qu'il existe, dans une journée, des moments où les collaborateurs disposent d'une disponibilité mentale différente.
Non pas davantage de temps.
Mais une attention qui n'est plus entièrement monopolisée par les urgences professionnelles.
Ces moments existent déjà.
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Le trajet du matin.
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Une promenade.
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Une séance de sport.
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La préparation du repas.
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Un moment dans le canapé.
Autant d'instants où beaucoup de personnes choisissent déjà de consommer des contenus audio ou vidéo.
Notre ambition est donc de ne plus chercher uniquement à pousser l'information vers les collaborateurs.
Mais de créer des contenus suffisamment intéressants pour qu'ils aient eux-mêmes envie d'aller les chercher, mais surtout au format suffisamment adapté pour qu'il puisse techniquement être consommé dans les moments propices.
Parce qu'une communication que l'on choisit est rarement reçue de la même manière qu'une communication que l'on subit.
C'est cette hypothèse que nous souhaitons explorer avec les podcasts d'entreprise et les chaînes vidéo internes.
Non pas comme une solution miracle.
Mais comme une manière différente de penser la rencontre entre une information... et celui qui doit la recevoir.
Depuis des années, les créateurs de contenu ont compris qu'une audience ne se construit pas en imposant des messages, mais en donnant régulièrement envie de revenir. Peut-être la communication interne peut-elle, elle aussi, s'inspirer de cette logique.
Une dernière réflexion
Au fond, je ne suis plus certaine que le principal défi de la communication interne soit d'apprendre à mieux communiquer.
Je me demande si le véritable défi n'est pas devenu d'apprendre à mieux rencontrer l'attention des collaborateurs.
Une communication n'est pas seulement efficace parce qu'elle est bien rédigée.
Elle l'est lorsqu'elle rencontre un collaborateur mentalement disponible pour la recevoir.
Peut-être que demain, les entreprises ne communiqueront pas davantage.
Peut-être apprendront-elles simplement à rencontrer leurs collaborateurs au moment où ceux-ci seront réellement disponibles pour les écouter.